mercredi 28 mai 2008

L'art de la différence par la mauvaise foi...

Jouons avec les mots... "Libéralisme", par exemple. Le mot à la mode au PS en ce moment. On va en parler, on en reparlera... Par contre, le débat d'idées repassera. En choisissant la bataille sémantique, Ségolène Royal joue, volontairement ou non, l'obstruction du débat. A quoi ça sert ? A rien. Voit-on sur ce point des différences entre les deux candidats ? Non, aucune. Alors, à quoi bon en parler ici ? Et bien, parce que il semble que soit Ségolène Royal n'ait plus les mêmes opinions qu'il y a peu, soit un scribe de son livre précédent a trahi sa pensée.
De quoi accuse-t-elle Delanoe ? De ces mots : "Je ne réfute pas mécaniquement ce vocable, 'libéral'. Et quand il s’applique à une doctrine politique, au sens global, je crois même qu’un militant socialiste devrait le revendiquer." "Ce qui est inacceptable pour un progressiste, c’est de hisser le 'libéralisme' au rang de fondement économique et même sociétal, avec ses corollaires: désengagement de l’Etat et laisser-faire économique et commercial.". Et devinez ce qu'écrivait Royal dans son livre : "pas question de jeter l'opprobre sur le mot lui-même." "Mais si vous entendez par libéralisme cette conception de l'économie, je dirais même ce dogme ou cette idéologie, qui confie aux marchés, et aux marchés seulement, la régulation des sociétés, alors, oui, je pense que le libéralisme est l'ennemi de la justice sociale".
Càd ? càd la même chose que Delanoë ! Bref, les mêmes !

mardi 27 mai 2008

Interview de Nicolas Sarkozy sur RTL.


Ce matin, mardi 27 mai, Nicolas Sarkozy, notre président de la République, était invité par ou s’y était fait inviter, on ne le saura jamais vraiment, entre 7h30 et 8h30. L’exercice n’est pas en soi incroyable, on ne peut sûrement pas reprocher au président de s’exprimer, de faire de la pédagogie – tant que cela ne tourne pas à la démagogie -. Y-a-t-il un symbole dans le choix, d’une part, d’une radio, et d’autre part de RTL, qui s’affirme comme la première radio de France ? Probablement. Sarkozy évite le reproche qu’on n’aurait pas manqué de lui faire s’il s’était exprimé à la télévision, à savoir de se montrer, de se théâtraliser… Curieusement, la radio apparaît moins comme un spectacle et une mise en scène. Pour preuve, un sondage TNS Sofres montrait que 57% des personnes interrogées déclarent faire confiance à la radio pour la qualité de restitution de l'information. Il y a peut-être derrière ce choix la volonté d’affirmer : « Je ne suis pas pour faire une image, mais pour m’exprimer ». Sarkozy essaie à plusieurs reprises au cours de son interview d’éviter les dernières critiques d’une monopolisation de l’expression par son « Merci de m’avoir invité », sous-entendu, j’ai rien fait pour ça (sic). Deuxième symbole : RTL, et surtout RTL matin : la radio de ceux qui se lèvent tôt. 7h30/8h30 : on va au boulot avec le président de la République ce matin. Message subliminal numéro 2 : vous voyez, je suis comme vous, je me lève tôt et je bosse. Et même, j'étais debout avant, je me suis tapé le marché de Rungis, c'est vous dire ! RTL enfin, ce qui se veut la radio du plus grand nombre puisque la première radio de France (6,4 millions d'auditeurs en semaine). Ca serait intéressant de regarder les catégories de personnes qui écoutent RTL, juste pour voir à qui s’adressait le président ce matin… à la France qui se lève tôt, à la France qui gagne beaucoup… ? RTL, la radio des métallos ? Pas franchement ! RTL, la première radio privée sur les cadres et les CSP+ (regroupement des artisans, commerçants, chefs d'entreprises,cadres, professions intellectuelles supérieures et professions intermédiaires) ! Bref, niveau image, on jouait autre chose

Et quelles questions pour le président ce matin ? Et oui, il faut regarder ça aussi ! Une explication sur le pourquoi de cette visite. Et bien, les grands classiques : la vie chère, le pétrole qui s’envole, la croissance, la rigueur, les dépenses publiques, les retraites, suppressions de postes dans la fonction publique, la ligne RER A (ami parisien qui nous écoute ou quand Sarkozy s'occupe des achats de rames à deux étages) et la nouvelle ville (très lyrique : les hommes seront heureux et feront une sieste dans les pâquerettes - en résumé), le financement de la télévision publique, la presse française, les armées françaises, les relations avec François Fillon (à quoi ça sert un premier ministre ? ...), demande de grâce. Bref, rien de très original. Jean-Michel Apathie s'extasie sur le fait que le président n'était pas au courant des questions qu'on allait lui poser par avance, on lui avait juste dit qu'on parlerait de ce qu'il avait dans l'actualité. Bon, enfin, là, il faudra qu'on me dise quelle question risquait de le surprendre ! Beau tour d'horizon des thèmes médiatisés en ce moment, oui mais petit souci : pas beaucoup, voire aucune info nouvelle... à force de nous répéter qu'il fera ce qu'il a dit pendant la campagne et de répéter ce qu'il nous a dit pendant la campagne, on va finir par lui demander pourquoi il vient s'inviter dans notre transistor...

dimanche 25 mai 2008

Nationalisme...




A l'heure de l'Eurovision - vous savez bien, ce vieux concours dépassé qui revient tous les ans -, et où on nous parle d'identité nationale -vous savez bien, ce vieux ministère que d'aucuns ont cru y voir là comme un petit symbole à destination d'un électorat frontiste convoité -, on peut se demander ce qui instille le sentiment de nation. Il me semble que, si ce "nationalisme"est le ferment de toute société, puisqu'il est la raison du "vivre ensemble", il serait intéressant de voir ce qui motive et entretient ce sentiment, on l'a dit essentiel puisque fondateur.
Or, j'ai beau chercher dans ma mémoire ce qui, à tel ou tel instant, a motivé mon esprit patriote, au risque de décevoir ce qui me souffleraient lâchement l'histoire commune ou les symboles nationaux -chers à nos tout aussi chers politiciens -, il me semble donc que l'instant qui exalte le plus nos élans patriotiques est le foot. Oui, le foot, la baballe dans les stades surchargés de supporters beuglant des slogans aussi sympathiques que ceux qu'on trouvait lors de certains matchs du PSG contre une équipe ch'tie. Rappelez vous cette soirée de la coupe du monde 98, toute une nation qui, d'un seul homme, va klaxonner dans les rues et se noyer dans l'alcool.
Preuve des bienfaits pour la bonne cohésion d'une société, les rapprochements douteux que l'on fait entre votre identité géographique et l'équipe que vous ne pouvez manquer de supporter -même si le football d'ailleurs vous gonfle-. Le football vous relie au groupe que vous formez, de façon souvent plus forte que n'importe quelle frontière sans sens, ou que n'importe quel passé que vous n'avez pas vaincu. Mais, si Bordeaux gagne contre votre ville d'origine 3 à 2, c'est vous que vos chers collègues charrieront demain matin...
Certains se plaignent d'une médiatisation extrême du foot, de son omniprésence, de sa reconnaissance à tous les niveaux de l'Etat, en bref de tout ce tsoin tsoin pour un simple ballon poursuivi par quelques gogos hommes-sandwich. Oui mais voilà : le foot est un de nos symboles du nationalisme les plus forts, les plus efficaces, les plus sincères.
Pour finir, si l'Europe veut renforcer le sentiment européen, je l'en conjure, qu'elle arrête l'Eurovision et lance une équipe de foot... Histoire qu'on n'en parle plus !

lundi 12 mai 2008

Chroniques des mythologies ordinaires

Figurez-vous que je lis les "Mythologies" de Roland Barthes en ce moment... Petite précision : ma lecture n'a rien de l'exercice classique mais scolaire qui consiste à tenter de saisir toute la pensée de l'auteur sans rien rater. Non, quand je lis, je survole sérieusement, ce qui me permet de penser moi-même à partir du matériau d'un autre. Et ça me va très bien. Amis de la précision, s'abstenir. Et oui, je fais en quelque sorte parti de ceux qui savent "Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?" (livre de Pierre Bayard, que d'ailleurs j'ai eu le bonheur de ne pas lire).
J'adoooooore ce bouquin de Barthes. Parce que selon moi il répond au mythe numéro 1 de toute démarche intellectuelle : il y a du sens partout, on peut tout expliquer, disséquer, analyser... Et quel outil de compréhension du monde et de la société que ces Mythologies... Pourquoi certains livres sont essentiels ? Parce qu'ils offrent une vision du monde, un outil de perception et d'analyse du monde qui nous entoure. Par exem
ple en lisant Barthes, vous pouvez imaginer la polémique sur la venue de Besancenot à Vivement Dimanche en tant qu' affrontement de deux mythologies contradictoires... Les "Mythologies" de Roland Barthes me semblent formidables parce qu'elles donnent à penser plus qu'elles ne pensent pour vous. Barthes choisit des moments et phénomènes insignifiants à première vue pour nous dire l'essentiel du livre : voilà l'outil, essayez-le, critiquez-le, modifiez-le...
Toutes les raisons d'adorer ce bouquin...

dimanche 4 mai 2008

Chine,Tibet, médias et co : quand la planète s'éveillera

Ça y est : le tumulte médiatico-politique commence à se calmer, et le sujet qui a couvert plusieurs semaines - à savoir le Tibet et ses relations avec la Chine- fait moins l'actualité. L'occasion rêvée pour faire un point sur le sujet et son traitement.
Je vous l'apprend : la Chine est organisatrice des prochains J.O.. Et, au fait - vous le savez ? -, la Chine c'est pas tout à fait "le monde meilleur" de la Charte Olympique, notamment avec les opposants au régime. Bon, vous me direz, ça c'est le problème du CIO qui a choisi l'organisateur. Et qu'est-ce qu'il en pense, au fait, le CIO : "Nous estimons que les raisons qui ont abouti à ce choix – à savoir que la candidature de la capitale chinoise était la meilleure, qu'elle était excellente sur le plan technique et que les Jeux devaient être organisés dans un pays où vit un cinquième de la population mondiale – étaient fondées à l'époque et qu'elles le sont toujours aujourd'hui. En effet, certains membres de notre commission, alors membres du CIO, ont pleinement souscrit au choix de Beijing et y souscrivent encore.[...] Les athlètes ont le droit de s'exprimer et disposent de nombreuses occasions de le faire avant et pendant les Jeux.". Oui, mais pas avec un badge "Pour un monde meilleur", message un peu trop propice à polémique. Enfin bref, tout va bien pour le CIO, donc.
Y en qui sont contents de ces Jeux, ça leur fait une belle couverture médiatique. Non, non ce ne sont pas les opposants chinois comme Hu Jia, celui qui voulait "les droits de l'homme pas les Jeux Olympiques", c'est le Dalaï-Lama et les moines tibétains. Et on a donc vu des drapeaux "Free Tibet" le long du parcours de la flamme, en premier lieu à Paris. Mais alors, c'est quoi le message : les droits de l'homme en Chine ou l'autonomie du Tibet ? C'est quoi le rapport ? Ça serait bien que nos chers médias en parlent ! Et, au fait, quand Mélenchon dit que le Dalaï Lama c'est un peu le Moyen Age avec servage et cie, pourquoi n'y a-t-il personne pour essayer de dégager la vérité sur ces sujets ? Ça serait intéressant... En clair : est-ce qu'on ne se trompe pas de combat ? Et qui s'insurge quand la flamme en traverse une belle, de dictature, la Corée du Nord ? Pour le coup, il y en aurait des choses à dire sur cette symbolique-là ! Les médias restent pudiques sur le sujet : ça n'intéresse personne, ces droits de l'homme, là ?
Et puis, consternation la plus totale, ça vient de sortir : ça y est, les Chinois boycottent des produits occidentaux en représailles des manifestations autour de la flamme. Imaginez : des Carrefour avec pleins de Chinois qui crient leur colère. Mais rassurez-vous : ils continuent à utiliser les radars, armes et chers sites internet muselés (Google, Yahoo...) que nous leur proposons. Comme quoi, tout n'est pas perdu !