Quelques notes d'analyse des élections régionales.
Abstention :
Le chiffre de l'abstention est fort. Beaucoup pointent son augmentation par rapport aux dernières élections régionales. Plusieurs explications.
D'une part, c'est la première fois que les régionales ne sont pas groupées à une autre élection, qui boostaient souvent les scores de la participation. C'est probablement pourquoi les comparaisons avec les élections régionales précédentes en termes de participation est sûrement abusive.
Néanmoins, cela n'explique pas la raison fondamentale de cette abstention, qui est que la région n'est pas identifiée encore comme un lieu de pouvoir (ou de contre-pouvoir) disposant de leviers dignes de ce nom. Les régions françaises n'ont pas l'influence de leurs équivalentes allemandes par exemple, aux compétences plus visibles. Les électeurs considèrent donc les régionales comme une élection "mineure".
Pour rendre cette élection mineure attractive, tous les partis ont tenté de nationaliser cette élection, la gauche notamment en présentant la région comme un contre-pouvoir. L'UMP sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy a tenté de faire la même chose, mais a du faire marche arrière lorsque ce dernier a réalisé que son bilan était globalement mal jugé par les Français. Il s'est donc mis à l'écart de cette élection, tout en la dirigeant dans l'ombre (ce qui est dans la logique de ce qui s'est toujours fait). Dire aujourd'hui que nationaliser l'élection a fait monter l'abstention est selon moi inexact, voire un mensonge intellectuel.
Je ne pense pas non plus que l'abstention traduit un dégoût de la politique, comme on pourrait le diagnostiquer si un tel score de participation était obtenu lors de présidentielles par exemple.
Les perdants.
Parmi les perdants du premier tour, il y a le Modem et l'UMP. Perdants du premier tour, car un second tour, tout au moins pour l'UMP, est à venir et peut rééquilibrer les choses, au moins du point de vue symbolique, c'est-à-dire s'il y a une victoire dans une région emblématique.
Le Modem
Le Modem est perdant, la stratégie de son chef est remise en cause. En réalité, François Bayrou a joué perso dans cette élection. Il a fait passer (probablement consciemment) son message de la présidentielle en négligeant de montrer l'intérêt du Modem dans les régions, et les candidats présentés n'ont pas pu s'imposer dans ce cadre. Cela ne veut pas dire qu'il faut enterrer le Modem. Aux présidentielles, Bayrou a toutes ses chances si le contexte lui est favorable. Et le contexte dont il doit rêver est une dette qui s'envole, sous l'effet des spéculations financières, comme en Grèce. Dans ce cas, il serait idéalement placé entre la droite qui refuserait de parler de hausses d'impôts et la gauche incapable d'avoir un discours de rigueur. Sans cela, ses chances seraient réduites. Il y a fort à parier que François Bayrou s'empare dans les mois à venir d'un discours sur la dette (il a déjà commencé d'ailleurs à le faire) pour amplifier sa crédibilité sur le sujet.
L'UMP
L'UMP apparaît battue au premier tour, avec un score faible et des dispositions en régions très décevantes (avec des triangulaires avec le FN notamment). Le pari de faire baisser le FN est perdu, puisque ce dernier peut se maintenir dans plusieurs régions, et empêche dès lors l'UMP de pouvoir envisager une victoire. L'argumentaire de l'UMP pour remonter a probablement été donné par l'Elysée dès la bérézina connue : tenter de pointer les divisions PS/Verts (et dans des proportions bien moindres PS/Front de gauche) et parler de magouilles électorales. Cet argument est néanmoins bien faible, et à compter qu'il porte, il n'apportera aucune voix à l'UMP (autrement dit profitera à l'abstention). Or, le véritable problème de l'UMP est d'abord qu'elle est la principale victime de l'abstention, et plus faiblement que certains électeurs aux présidentielles de Sarkozy sont retournés au FN (notamment dans les régions où ce dernier fait les meilleurs scores). L'argumentaire que l'UMP a tenté de lancer sur une hausse des impôts dans les régions socialistes (notamment par Xavier Bertrand sur les plateaux ce soir) semble dangereux pour l'UMP puisqu'il faut rappeler que les plus grandes hausses des impôts dans les régions ont eu lieu, me semble-t-il, en Alsace, dirigée par l'UMP [cet argument est contesté par la majorité - cf. Xavier Bertrand France Inter 16/03-, à vérifier donc...]. Ce qui risque de leur arriver en plein dans la figure.
Les gagnants
Les gagnants sont au FN et à gauche.
FN
Le FN fait certes un score inférieur aux dernières élections régionales, mais remonte par rapport aux présidentielles, avec des scores assez inquiétants dans le Nord et en PACA. Le débat inutile et sans effets sur l'identité nationale a peut-être remonté certains électeurs. Le FN a peut-être aussi profité de l'abstention. Cependant, il est probable que la crise a redonné du tonus à l'argumentaire du FN, de même que l'ouverture réalisée par Nicolas Sarkozy.
Ce succès ne me semble pas durable, en tout cas pas au point d'envisager dans la situation actuelle un scénario comme lors du 21 avril 2002 lors des prochaines présidentielles. Certes Marine le Pen va présenter un nouveau visage du FN, plus adouci et donc plus insidieux, qui peut être dangereux dans des périodes de crise. Néanmoins, une partie de son électorat le plus dur acceptera sans doute mal cette transition, sachant que Jean-Marie Le Pen attirait beaucoup ses électeurs par ses dérapages incontrôlés.
La montée du FN, que Sarkozy nous avait annoncé mort, est néanmoins préoccupante et à ne pas négliger, surtout lorsqu'on la met en regard avec l'abstention forte.
A gauche
Le PS a doublement gagné ces élections. D'une part en finissant devant la droite au national. D'autre part en imprimant son leadership à gauche face à Europe Ecologie, euphorisée par les dernières élections. Cela permettra au PS de garder la direction sur les thèmes de campagne et la ligne directrice, ce qui n'aurait pas été le cas si Europe Ecologie s'était trouvée en position de force dans une région. Tout le jeu sera donc de trouver des compromis, influencés par les scores respectifs du premier tour, en gommant les différences entre les divers programmes jusqu'alors.
Europe Ecologie peut espérer des sièges et des accords favorables, d'autant plus si des perspectives présidentielles sont mis sur le tapis. De là à imposer sa voix dans les régions, cela est peu probable vu le rapport des forces. Le danger écologiste est temporairement écarté pour le PS. Les propos dissonants récents sur le thème de l'écologie devraient à terme l'aider. Quant à savoir si ces propos sont justes...
Les présidents socialistes sortants n'ont pas été sanctionner contrairement au discours de la droite, puisque leur score est lié à l'éparpillement PS/Verts/Parti de gauche. Ils devraient obtenir des scores comparables au second tour que ceux qu'ils avaient eu lors des dernières élections. Ce qui ne veut pas dire que beaucoup restent peu connus et visibles pour les électeurs.
Le parti de gauche fait un bon résultat, et montre qu'il a une place dans le jeu politique. La crise devrait d'autant plus le faire monter d'ici à la présidentielle. La question de l'alliance PS/Modem est cependant loin d'être réglé, contrairement à ce que dit monsieur Mélenchon, car ce score des régionales est absolument déconnecté du score que ferait monsieur Bayrou à une présidentielle. Là encore, le contexte de la présidentielle sera déterminant. Si la dette explose, Bayrou n'aura aucun intérêt, tout au contraire, avec les socialistes. Dans le cas contraire, il aura un dilemme. L'ampleur de la crise dira alors si le PS a intérêt à se tourner vers le centre ou vers la gauche.
Reste le cas Royal, qui fait un bon score en Poitou-Charente. Néanmoins, à écouter sa réaction, elle semble ne pas avoir compris le jeu qui se joue, en ayant un discours assez agressif envers ses futurs partenaires d'Europe Ecologie, qui selon elle n'aurait pas compris l'intérêt d'une alliance avant le premier tour. Mais c'est un moyen de se mettre en avant face à la tactique Aubry qui consistait à laisser les écolos montrer leur force au premier tour. Le résultat a donné raison à Aubry, qui limite les réclamations possibles d'Europe Ecologie.
Et le second tour ?
Le report des voix sera sûrement loin d'être systématique entre Europe Ecologie et le PS. Néanmoins, comme l'UMP n'a aucune réserve de voix, que le FN est souvent en embuscade, et que probablement la plupart des électeurs de droite abstentionnistes ne voient que peu d'inconvénients à un président de région socialiste, le PS devrait faire une bonne opération la semaine prochaine, mais sûrement de manière plus serrée que ce que les mathématiques électorales pourraient le laisser croire. Le FN devrait confirmer et l'abstention, sauf si l'UMP refuse de capituler et se bat très fort, devrait se maintenir. On le saura très vite. Soit en début de semaine, tout le débat se focalise sur PACA et dans ce cas, cela voudra dire que l'UMP accepte une défaite quasi-totale. Soit la campagne menée par l'UMP change du tout au tout ce qui signifierait que l'UMP mène bataille et croit pouvoir limiter la casse. Et dans ce cas, l'abstention pourrait baisser un peu, mais sans inverser sensiblement la tendance. Le traitement médiatique reste également une grande inconnue.
On verra ça la semaine prochaine.